Pas mal de réponses souvent très pertinentes ont déjà été données, mais je manquerais à tous mes devoirs si je n'y mettais pas mon grain de sel...
Donc, effectivement, certains excellents bois de menuiserie sont de très mauvais bois de lutherie, et vice-versa. Par exemple, le chêne est un excellent bois de menuiserie, et il n'est pas utilisable en lutherie. A l'inverse, le sapin, bien que souvent utilisé pour la confection de meubles, charpentes et autres, est un bois assez mauvais au niveau de ses propriétés mécaniques. Pourtant, on le retrouve extrêmement souvent sur la table d'harmonie d'excellentes guitares acoustiques.
Pour la lutherie, au delà des essences, il y a des critères très particuliers, notamment l'absence de noeuds, l'alignement des fibres, la densité, la coupe, et évidemment le séchage.
- Les essences : pas mal d'essences sont utilisées en lutherie. Certains bois sont censés être plus précieux que d'autres, et donner de meilleurs résultats, mais c'est aussi (et surtout) une question de sélection. Ainsi, à priori, l'acajou est censé être plus cher que le tilleul... Sauf qu'il existe des tilleuls américains qui donnent un bois de lutherie exceptionnel pour les corps de grattes solid-body, et des morceaux d'acajou plutot discutables. Ainsi, un excellent morceau de tilleul américain coûtera beaucoup plus cher qu'un médiocre morceau d'acajou. Pour donner un autre exemple, un beau morceau de frêne des marais, ça coûte un bras... alors qu'un morceau de frêne ordinaire ne coûte pas grand chose... Encore un exemple ? OK... Un bout d'érable tout bête ne coûte pas cher, alors qu'un morceau d'érable catégorie AAA coûte la peau du c**...
Ce qui nous intéresse à ce niveau, c'est d'une part l'aspect esthétique du bois (un frêne des marais aura de belles veines, un érable AAA donnera une table magnifique...) et, bien évidemment, les qualités acoustiques.
Donc, j'en arrive à une superbe lapalissade : un bois beau et bon coûte cher !
For exemple : une Squier Affinity a un corps en aulne, une Fender Strat US aussi... Sauf que l'un n'a pas grand chose à voir avec l'autre en termes de qualité et de prix.
Au niveau du choix de l'essence, tout dépend de ce que l'on veut obtenir visuellement, et au niveau du son. On saît par exemple que le frêne donnera un son clair et sec, très claquant, alors que l'acajou donnera un son rond et chaud...
On ne peut donc pas dire que, dans l'absolu, l'acajou soit meilleur que le frêne, ou que l'aulne, ou autre. Ca dépent d'une part de ce que l'on souhaite obtenir, d'autre part de la qualité intrinsèque du morceau de bois.
Je parlais précédemment de densité : on y est. La densité de l'érable, par exemple, peut varier du simple au double, et il est évident qu'un érable de grande densité coûtera plus cher et donnera de meilleurs résultats.
Il y a aussi une question de caractéristiques mécaniques : j'ai déjà vu un chevalet arraché sur une gratte électrique en agathis...
- l'absence de noeuds : pour la lutherie, c'est primordial. Un morceau d'acajou avec de jolis noeuds pourra faire un meuble plein de charme, mais pour une gratte, pas moyen ! Les noeuds perturbent la propagation de la vibration dans la guitare, donc, c'est à proscrire. Pour un manche, ce serait encore pire, car outre les mauvaises caractéristiques vibratoires, il y a également une faiblesse mécanique.
Et en regaredant bien, une grosse pièce de bois sans le moindre noeud, c'est difficile à trouver... et ça se paye !
- L'alignement des fibres : c'est ce qui garantit d'une part un aspect régulier, et d'autre part (et surtout) la meilleure circulation possible de la vibration. C'est aussi ce qui garantira les meilleures caractéristiques mécaniques (hyper important pour la table d'une acoustique, ou pour un manche).
- La coupe : il y a trois grands types de coupe : sur quartier, sur dosse, et déroulée.
La coupe qui donnera les meilleurs morceaux de bois pour la lutherie est la coupe sur quartier. Seulement, c'est aussi cette coupe qui donnera le plus de chutes ! Donc, un morceau de bois issu d'une coupe sur quartier coûte forcément plus cher.
- le nombre de morceaux : à chaque fois que deux morceaux de bois sont assemblés, il y a un joint de colle entre les deux qui va nuire à la circulation des vibrations.
Pour avoir un corps en 1 seule partie, il faut un bois quasi parfait, qui ne bougera pas d'un poil. En revanche, niveau qualités acoustiques, c'est top... Mais pour des raisons de coût et de stabilité, on utilise plus souvent des corps en deux parties... ou plus ! Il est évident qu'un corps en 3 parties coûtera moins cher qu'un corps en deux parties (question de dimension de morceaux de bois), mais le résultat sera moins bon.
- Le séchage : un bon bois de lutherie doit être parfaitement sec. Pour y arriver, il y a deux méthodes :
La meilleure : séchage naturel sur cales ! Le bois reste parfois plusieurs décennies dans un endroit parfaitement sec, immobilisé par des cales. Ca coûte horriblement cher en stockage, et on ne peut pas amortir immédiatement l'investissement (achat du bois) puisqu'il faut attendre de longues années pour l'utiliser. En revanche, le résultat est excellent...
La moins bonne mais la plus répandue : le séchage à l'étuve. Là, le bois est séché en quelques dizaines d'heures... Le séchage à coeur n'est pas complet, d'où une moins bonne stabilité, et les qualités acoustiques sont également amoindries.
Maintenant, un exemple concret : comparons une Gibson SG Standard et une Epiphone G400 :
- G400 : corps en 3 ou 4 pièces d'acajou, coupé sur dosse, séché à l'étuve, issu d'essences moyenne, avec quelques petits noeuds (bons, ça varie quand même d'un modèle à l'autre, faut bien choisir). Résultat, le coût est modéré.
- Gibson SG Standard : corps en une seule pièce d'acajou, coupé sur quartier (vous imaginez la taille du tronc qu'il a fallu utiliser ???) aux fibres parfaitement alignées et séché naturellement. Ce genre de morceau est franchement rare... et franchement cher !
...donc, si l'on considère les choses ainsi, non, les fabricants ne se moquent pas de nous...
sauf exception !
Exemple précis (parmi d'autres) : Fender a sorti dans les années 80 (et fin 70'

certaines grattes en 4 ou 5 pièces d'aulne noueux à souhait (dissimulé par le vernis opaque) qui étaient à peine dignes d'une gratte pour débutant... Et ça s'entendait !
THE solution pour pouvoir juger de la qualité des bois : l'oreille, et... un vernis translucide !