Bon, allez, je vais faire un petit cours d'histoire...
Ca va être long ! Et je ne ferai pas ça tous les jours !!!
0 la fin des années 50 / début des années 60, les amplis guitare étaient relativement anémiques. Entre le Fender Twin 22 watts (40 watts par la suite), le Deluxe 57 de 12 watts ou le Vox AC15, ça plafonnait assez bas. Et en plus, les HP de l'époque avaient des rendements déplorables.
Ajoutons à cela qu'à cette époque, la saturation était plutôt perçue comme un défaut... et pour rester en son clair sur ces amplis, pas moyen de pousser le volume bien haut (écoutez les premiers albums des Stones ou des Beatles et leurs premiers lives : son clair en studio, et son plus crunchy en live parce-qu'il était impossible de faire autrement...)
Heureusement, les batteries n'étaient pas super pêchues non plus, et surtout, les batteurs de l'époque, souvent issus du jazz, ne tapaient pas comme des mules.
Sur ce, au début des 60' Hank Marvin, qui commençait à en avoir marre des Vox AC15 sous-puissants, a commencé à râler chez Vox... qui a sorti le AC30. Fender a aussi sorti de plus en plus puissants... Il n'y avait pas de rab, mais il y avait de quoi jouer du rock confortablement et rendre sourds les batteurs les plus teigneux. Comme le rock se jouait dans des clubs et des petites salles, tout allait bien !
Sauf qu'au milieu des années 60 certains groupes ont commencé à avoir un succès monstrueux (à commencer par les Stones et les Beatles) et il a fallu jouer dans de grandes salles avec des fans hystériques qui hurlaient. Rappelons que personne n'avait encore inventé la sono. Résultat : le son était noyé.
Sur ce, Jim Marshall (ben oui, c'est quand même un topic sur Marshall !), réparateur d'ampli, invente le stack ! Il charcute un Fender Bassman pour en faire une tête, et il colle un caisson avec 8 HP de 12" en dessous... seul problème, c'est intransportable ! Il modifie donc l'engin en faisant deux baffles 4x12". Le stack JTM45 est né !!!
Et oui, le premier Marshall (qui existe en Reissue et qui est excellent) est en fait un Fender, avec des 6L6 dedans !!! Cependant, la puissance reste encore modeste, et les ventes sont loin d'être spectaculaires. Suffisamment cependant pour permettre à l'entreprise Marshall de prospérer...
On arrive à l'orée des 70, et le succès du rock ne se dément pas. On joue dans des salles de plus en plus grandes, et même en plein air. En 1969, à Hyde Parc, les Stones jouent devant 700 000 personnes ! Les sonos n'existent toujours pas, et tout (y compris la batterie) passe par des amplis. Et niveau amplis, le choix est restreint ! A part le Vox AC100 "super beatle" qui crame au bout d'une demi-heure d'utilisation intensive et les stacks Hiwat 100 watts (justement utilisés, entre autres, par les Stones), il n'y a pas grand chose.
Et c'est là que Marshall fait un retour fracassant avec ses fameux "plexi" ! Les têtes 1987 (50 watts), 1959 (100 watts) à base d'EL34, et la Marshall Major (200 watts) à base de KT88.
Là, on rigole plus ! Et comme en plus ça sonne bien, de plus en plus de groupes se tournent vers ces amplis. Des artistes comme Hendrix, Clapton, les Who (qui utilisaient précédemment des Hiwat), Led Zep et compagnie contribuent à leur immense succès. A ce moment là, Marshall est clairement numéro 1.
Arrivent les 80', et la mode est aux sons de plus en plus saturés. Marshall, sur sa lancée, lance les JCM800 qui sont capables de saturer plus méchamment et font le bonheur des rockers et hard-rockers (ACDC, Aerosmith...) A noter que l'on n'est pas encore dans le gros saturax, les JCM800 ne pouvant produire plus qu'un gros crunch. Mais les bonnes vieilles méthodes (Treeble booster ou clean boost) et les plus récentes (overdrives) permettent d'avoir du son déjà bien velu ! Et Marshall est toujours au meilleur de sa forme. Mais à présent, si Marshall reste au premier plan, ce n'est plus pour une raison pragmatique de puissance : désormais, il y a des sonos. Non, c'est bien pour leur grain qu'ils sont appréciés... ce grain qui a forgé le rock des années 70... D'ailleurs, on voit là que nos références tiennent à peu de choses : ce fameux grain que l'on adule n'a été choisi au départ par les guitaristes que par la force des choses.
Sur ce débute l'ère du Rock FM et du Heavy Metal, et des petits nouveaux veulent supplanter Marshall... Un petit polisson nommé Mike Soldano fabrique des amplis de grande qualité qui sont en fait des Marshall sous stéroïdes capables de produire du gros saturax... et Mesa Boogie enfonce le clou avec les Mark IV et les Rectifier...
Marshall, qui s'endormait confortablement sur ses lauriers, perd du terrain et sort un peu précipitamment une série d'amplis "high gain" pour répondre aux offensives de Mesa et Soldano : les JCM900 (et on arrive doucement aux années 90).
Seul problème, les JCM900 ont en effet plus de gain, mais pas assez au goût des hardos... et surtout, ils sont globalement moins bons que les JCM800 et ils s'éloignent du grain que les Marshall Addicts aimaient tant... Bref, une série d'amplis qui rencontre en fait plus de succès chez les zicos amateurs (un stack Marshall, c'est la frime) que chez les pros. Les Marshallistes restent fidèles à leurs JCM800 ou à leurs vieux Plexi. Cela dit, rendons à César ce qui lui appartient, certaines séries de JCM900 ont été excellentes (les Jubilee, chères à Slash, par exemple !!!). D'autres ont été infâmes (les Dual Reverb, par exemple).
Marshall perd du terrain dans le haut de gamme, et tente de rattraper le coup commercialement en visant une autre clientèle : celle des gratteux peu fortunés qui rêvent d'un Marshall. Ils sortent alors une série d'amplis hybrides à prix moyen, qui sonnent... honorablement mais pas plus, dirons-nous : les Valvestate. Là, Marshall a parfaitement su exploiter son image.
On arrive à la fin des 90'
D'autres marques profitent de la faille ouverte par Soldano et Mesa, et Marshall continue à perdre du terrain. Les JCM900, qui ont le c** entre deux chaises, n'ont décidément pas été un grand succès.
La mode du moment, c'est le métal !
Alors, Marshall décide carrément d'attaquer Mesa sur son terrain : le vrai high gain !
La série JCM2000 apparaît alors, et Marshall se coupe totalement de sa clientèle originelle.
Les JCM2000 sont de grosses usines à gaz souvent bardées de canaux. Certains font le boulot pour lequel ils sont conçus (les DSL100 et TSL100, par exemple) et d'autres sont pouraves (DSL401...)
Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a plus moyen de se prendre pour Angus ou Hendrix avec un JCM2000...
Et ce qui est certain aussi, c'est que pour le gros son, on trouve mieux ailleurs.
C'est pourquoi pour de nombreux guitaristes, le déclin de Marshall commence avec les JCM900, pour toucher le fond avec les JCM2000...
Niveau amplis à transistors, la série Valvestate est remodelée et vendue plus cher (beaucoup trop cher). Et la série tout transo "MG" apparaît. Des bouses infâmes qui n'ont de Marshall que le nom... et le logo ! Et ce logo fait vendre !
Récemment, Marshall a voulu renouer avec sa clientèle d'origine tout en séduisant sa "nouvelle clientèle" en sortant les JVM et Vintage Modern qui sont censés offrir le meilleur des deux mondes. Ce sont clairement de meilleurs amplis que les JCM2000, mais le fait est que l'on ne retrouve pas non plus LE grain Marshall d'antan.
En revanche, Marshall sort de très bonnes répliques de ses modèles mythiques (JTM45, 1959, 1987, Bluesbreaker).
Bilan : chez Marshall, on trouve encore du très bon... et aussi du très mauvais.
Ce qui est certain, c'est que la concurrence n'est pas restée les bras croisés, et qu'aujourd'hui, l'hégémonie Marshall des années 70 est bien terminée. Quelle que soit la musique que l'on joue, d'excellentes alternatives à Marshall existent.